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3e Dimanche de Carême – Année C

Cardinal André cardinal Vingt-Trois

Frères et Sœurs,

Nous avons vécu un certain nombre d’années, beaucoup d’années… et peut-être pensons-nous que nous n’avons pas porté beaucoup de fruits, et que si le maître de la vigne vient récolter sa récolte, il va trouver que c’est un peu maigre. Mais heureusement, il y a un serviteur, un vigneron qui est au service du maître de la vigne et qui intercède pour que ce figuier qui n’a pas porté beaucoup de fruits ne soit pas arraché : une année, une année de sursis, une année de grâce ! En entendant cette parabole, nous pouvons avoir à l’esprit et à la mémoire comment Jésus, à la Synagogue de Nazareth, citant le prophète, dit qu’il est venu annoncer une année de grâce. C’est lui, le serviteur, qui va prendre soin de ce figuier infécond, pendant l’année de grâce qui lui est accordée.


Nous voici donc avec une année de sursis, une année de grâce, mais une année pour quoi faire ? Peut-être certains ou certaines d’entre nous pensent qu’il y a eu bien assez d’années, et qu’il serait temps que cela s’arrête ! Mais, il en faut une de plus pour que le vigneron puisse prendre soin de nous, encore, et essayer de tirer quelque chose de notre cœur ! Cette année de sursis qui nous est donnée, c’est un temps pour la conversion. Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Alors profitons de cette année de grâce, de cette année de sursis pour remettre en chantier notre conversion.


Comment met-on en chantier sa conversion ? Il faut regarder ce qu’il se passe et essayer de discerner ce que Dieu veut nous dire, comme Moïse qui fait le tour du buisson pour voir quel est ce phénomène étrange, un buisson qui brûle sans se consumer. Cela ne se voit pas tous les jours ! Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? C’est en répondant à sa curiosité pour essayer de comprendre cet événement qu’il va découvrir le Dieu d’Isaac, le Dieu d’Abraham et le Dieu de Jacob, « Celui qui est ». Les événements de chacune de nos existences, comme les événements de l’histoire des hommes, nous sont donnés pour que nous découvrions ce que Dieu veut. Il ne s’agit pas simplement de faire du reportage télévisé, il ne s’agit pas simplement de montrer ce qu’il se passe, il s’agit d’essayer de comprendre ce qu’il y a derrière ce buisson, derrière ces événements qui nous sont donnés, comme nous le dit saint Paul dans l’épître aux Corinthiens, pour que nous puissions déchiffrer le chemin que Dieu trace, non seulement à travers le désert, pour le peuple qu’il engendre, mais à travers l’histoire pour le peuple qu’il veut engendrer. Un chemin de grâce mais un chemin qui est aussi un chemin d’épreuves. Les épreuves, ce ne sont pas simplement les difficultés qu’on rencontre. Toute l’humanité a rencontré des difficultés, chacune et chacun d’entre nous a rencontré des difficultés au long de sa vie, chacun en rencontre et en supporte tous les jours… Le problème n’est pas de traverser des temps difficiles, c’est d’essayer de comprendre ce que Dieu veut nous dire à travers ces temps difficiles. Ainsi, le peuple qui n’avait rien à manger dans le désert, qui n’avait rien à boire, était invité à reconnaître le pain que Dieu lui donnait, l’eau que Dieu lui donnait. Ces épreuves sont l’occasion pour nous de faire un retour sur nous-mêmes. Qu’est-ce que Dieu nous a donné ? Comment nous a-t-il conduits tout au long de notre vie ? Comment a-t-il été, jour après jour, celui qui nous montrait sa miséricorde ? Comment a-t-il surmonté nos faiblesses et fortifié notre foi ? Comment a-t-il mis sur notre route des hommes et des femmes qui étaient signes et acteurs de son amour pour nous ? Comment nous a-t-il tenus par la main comme un père tient son enfant par la main pour le conduire tout au long de sa route ?


Oui, l’histoire de l’homme, l’histoire des hommes, chacune de nos histoires, est une histoire de défis, d’épreuves, de tentations et de grâce. Que le Seigneur nous donne, dans ce temps de carême, de faire retour sur cette grâce agissante à travers les épreuves de la vie. Qu’il nous donne de renouveler notre profession de foi en Lui, notre Père. Qu’il nous donne de recourir aux soins de ce serviteur fidèle qui nous gagne une année de sursis, pour nous donner une année de conversion. Qu’il mette en nos cœurs le désir de vivre ce temps, non pas seulement comme un temps de chaos, non pas seulement comme un temps d’inconscience, d’inconstance, mais comme un temps de grâce pour chacune et chacun d’entre nous, comme un temps de grâce pour l’humanité tout entière. Soyons les veilleurs fidèles qui croient que Dieu n’abandonne pas les hommes, qu’il les accompagne tout au long du chemin, pour les conduire jusqu’à sa lumière.


Amen.


+André cardinal Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris.

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