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Comme les vagues de la mer...

Encore une fois, la liturgie nous ramène à un texte bien connu, entendu chaque année.En principe, sa lecture est sans surprise.À force, nous pourrions trouver cela démotivant.Mais la liturgie fait ce que font les vagues de la mer qui sans relâche viennent toujours se jeter au même endroit, sur le rivage et peu à peu érodent les rochers, entraînent les casemates de nos fortifications dans l’océan et défont sans cesse les digues que nous leur opposons. Mais que faut-il donc éroder comme cela ? Eh bien chacun de nous le sait au fond de soi, car nous espérons tous, à vrai dire, que la joie et la liberté triomphent définitivement en nous de tous les carcans qui les étouffent. Mais nous pressentons aussi que la clef de ce désir intérieur est dans notre capacité à accueillir les appels qui ne cessent jamais de venir nous rejoindre.

Or, c’est bien ce que fait Jésus en revenant vers ses disciples.Il y a même de quoi être estomaqué à constater qu’il vient retrouver ces hommes lourds et décevants.

Les aimant jusqu’au bout comme nous l’a dit ce même évangile de Jean juste avant le récit de la Passion, il s’est mis à genoux devant eux et leur a lavé les pieds. C’était à la fois le geste de l’esclave et le geste d’une femme emplie d’affection et de reconnaissance, que l’évangéliste nous racontait juste avant ce dernier repas. Et ce geste d’humble service et d’amour, Jésus l’a fait à son tour et, par la suite, il a ouvert son cœur à ses disciples dans un long discours qui s’est terminé par une prière pathétique : « Père saint, garde-les dans ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. »

Mais comme nous le savons, au moment ultime, ces hommes n’étaient pas là.Le premier d’entre eux a renié, et un autre l’a vendu. Les autres se sont contentés de fuir. Un seul était aux pieds de la croix et on ne sait pas très bien qui il était, mais seulement qu’une grande estime le reliait à Jésus.Nous savons tout cela.Et nous savons bien que malgré notre sincère désir d’être des disciples fidèles nous sommes logés à la même enseigne que les disciples. Nous ne sommes que des amis incertains, peu fiables et pleins de crainte.Il suffit d’une petite menace pour que nous courions nous réfugier sous un fauteuil en espérant qu’on ne nous trouvera pas.Apparemment, la seule chose que nous apprenions avec le temps, c’est un art de l’esquive plus fin et plus discret. La trahison se voit moins et, pour finir, nous risquons encore de nous prendre au sérieux. Apparemment, donc, tout est dit.Nous savons donc tout cela, même si, souvent, nous essayons de nous tromper nous-mêmes. Or, Jésus revient pourtant. Comme si, au-delà de ces apparences il savait pouvoir trouver autre chose en nous.Mais est-il donc à ce point naïf ?Que croit-il ? Pourra-t-il tirer de nous autre chose que ce que nous avons produit ?Pourquoi revient-il donc ? et pourquoi nous admet-il encore à la liturgie ?Serions-nous dignes de vénérer ce corps livré, nous qui passons nos journées à nous débiner ? Eh bien, il revient tout simplement parce que lui est fidèle... et ce n’est pas d’aujourd’hui. S’il avait voulu nous traiter comme nous nous traitons entre nous, comme nous traitons les traitres, il y a longtemps que l’humanité aurait disparu, les bêtes sauvages auraient toute la terre pour elles et n’auraient pas à s’inquiéter de notre présence.Mais, donc, Lui revient. Il revient parce qu’il sait, en fait, que le combat qu’il a mené n’était pas, mais vraiment pas, à notre mesure. Tout cela passe très largement au-dessus de nos têtes. Alors aujourd’hui, il nous appartient de faire ce que fait Thomas.Il avait d’abord quitté ce groupe décevant de disciples bien pusillanimes. L’évangéliste n’a pas cru bon de nous expliquer les raisons de cette absence. Il ne fait que la constater. Thomas s’était d’abord dit prêt à mourir avec Jésus, il l’a interrogé pendant ce dernier repas. Il était probablement d’un tempérament déterminé. Mais il a fui comme les autres.Alors aujourd’hui, parmi les raisons imaginables de cette absence, on peut très bien supposer la réaction d’un pur qui ne supporte pas d’être mis en face de cette médiocrité partagée, parler d’un dégoût de soi et des autres.On peut penser à bien des choses mais, nous fait comprendre l’évangéliste, ces raisons ne méritent même pas qu’on s’arrête pour les analyser. Car la seule chose qui cloche vraiment, c’est son absence.À lui qui s’est peut-être rêvé en héros, Jésus offre d’abord une présence miséricordieuse et un appel renouvelé. Il offre de partager cette ahurissante délégation de pouvoir sur le péché des autres hommes par le don de l’Esprit Saint.Il ne lui est demandé, à lui comme à nous, qu’une seule chose : croire. Croire qu’il a toujours sa place au milieu des autres, croire qu’il est encore et toujours et bien davantage encore appelé à attester la miséricorde.

Jésus fait donc ce que font les vagues de la mer : user la résistance humaine jusqu’à ce qu’elle ose s’abandonner à ses mains transpercées et à son cœur meurtri, lui qui n’a jamais abandonné personne. Jésus attend notre confiance en son amour. Il est patient et saura, comme les vagues, faire tomber nos murailles. C’est étonnant et c’est justement ça qui nous indique qu’il est le Dieu créateur, capable de faire du neuf avec ce qui vieillit si vite en nous.

Il n’a aucun besoin de nous voir mort, il nous veut vivants et il continuera à tout faire pour cela ! Bien sûr, cela nous demandera d’y consacrer toute notre vie et nos énergies mais pas en nous raidissant comme nous aimons le faire, plutôt en croyant.C’est ça la véritable aventure. Oserons-nous y croire ?


f. Bruno Demoures, N.-D. de Tamié, dimanche 16 avril 2023


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